Grand Prix de l’urbanisme 2009, François Ascher voulait que cette distinction, attribuée pour la première fois à un universitaire, contribue à un retour de la recherche dans le monde de l’urbanisme. La cérémonie de remise du Grand Prix a constitué une première étape dans cette démarche. Nous la continuons, sur les pistes ouvertes par F.Ascher : interroger la relation entre acteurs (politiques, opérateurs, concepteurs), experts et chercheurs ; articuler réflexion à l’échelle internationale et nationale ; accorder une attention majeure aux dispositifs ; proposer, toujours proposer.
Pour cela, nous vous invitons à un colloque qui aura lieu le 31 mai et le 1er Juin à Paris.
Plutôt que comme une « grand messe » nous envisageons cette manifestation comme la première d’une série, les rencontres François Ascher, qui réuniraient une fois par an des acteurs (politiques, opérateurs, concepteurs, communicants associatifs…), chercheurs et experts de divers pays du monde qui contribuent à la fonction d’urbanisme et veulent réfléchir ensemble sur leurs interactions et la production conjointe du savoir et de l’action. À partir de ces rencontres se développerait un travail de boîte à idée, de Think Tank indépendant à travers un réseau ouvert, ayant une existence institutionnelle (association), un site internet etc. Chaque année un pays différent pourrait être le pilote du contenu de la rencontre qui déboucherait sur un ensemble de propositions ou d’idées, rendues publiques et publiées et se traduirait en quelques recommandations.
Dans la ligne proposée par F. Ascher trois grands thèmes d’interrogation se dégagent :
1- La traduction – médiation
Comment traduire la demande d’un responsable politique d’un aménageur, d’un concepteur en termes de recherche et comment trouver les postures de recherche qui conviennent ? Cela ne s’arrête pas à la seule formulation et reformulation de la commande mais suppose que l’on se parle (ce qui est facile) et que l’on se comprenne dans ses différences (ce qui l’est moins). Comment y parvenir ?
Comment traduire les travaux de recherche en préconisations, en informations, en discours appropriable pour les acteurs ?
Comment traduire les acquis d’une expérience politique, professionnelle, en questions et en données pour la recherche ?
En quoi l’expertise peut-elle servir de lieu de médiation ou de traduction ? Comment et dans quelles conditions fournit-elle la recherche en questions et en données, pour en devenir une composante et pas seulement une application ?
Quels sont les savoirs, les méthodes (et leurs fondements épistémologiques), les lieux d’échange, les dispositifs, les acteurs de la traduction ?
Ces questions débouchent sur des analyses ou des présentations d’exemples, mais également sur l’élaboration de documents concrets, par exemple un lexique permanent du vocabulaire commun des chercheurs et des acteurs de l’urbain.
2- La réflexivité
L’action contemporaine (celle des sociétés hyper- texte selon F. Ascher) se développe dans un contexte d’incertitudes et d’interdépendances (ce que veut prendre en compte le développement durable) qui l’oblige à se redéfinir sans cesse. Elle devient l’objet permanent de sa propre analyse, dont elle intègre les résultats en temps réel. Derrière cette définition se cachent des pratiques et des dispositifs qui dépassent le suivi et l’évaluation pour aller de pair avec les nouvelles manières de concevoir la stratégie. Même dans des cas emblématiques comme Barcelone, la réflexivité reste faible. Les grandes opérations urbaines, les projets liés à la ville durable, ou à la ville numérique offrent autant d’occasions de développer cette fonction, qui ne se décrète pas, mais implique une diversité d’acteurs, d’instruments et de dispositifs. La recherche devrait y tenir une place centrale. Le fait elle ? Quelles sont les conditions cognitives et institutionnelles qui permettent qu’elle joue ce rôle ?
3- Les grands dispositifs d’échange et de collaboration
François Ascher s’est souvent référé au modèle du CHU. Dans ce modèle du CHU, il retient l’association entre quatre dimensions :
L’interaction des pratiques jusqu’au point ou le praticien se fait chercheur et inversement.
L’interrogation réciproque permanente.
L’innovation et la prise en charge des questions les plus difficiles dans des pôles constituant une masse critique.
L’articulation avec la formation des chercheurs et des praticiens. On pourrait y ajouter l’idée de centre de ressources. Il existe un ensemble d’organisations ou de dispositifs qui dans différents pays réalisent tout ou partie de ce modèle. Un travail comparatif peut déboucher sur des propositions concrètes, notamment en ce qui concerne la France. Au delà de l’interrogation d’un modèle – ou d’autres- l’urbanisme a tout à gagner à étudier la manière dont la médiation et la réflexivité s’organisent dans d’autres secteurs (industrie par exemple).
La rencontre des 31 Mai et 1er Juin, s’appuiera sur les grandes orientations ci-dessus et mobilisera notamment :
Des analyses d’expériences de traduction et de réflexivité (réussies ou non) présentées par ceux qui les ont vécues ou ceux qui les ont étudiées. Par exemple : que se passe-t-il lorsqu’une université devient acteur direct de l’aménagement (cas de Louvain La Neuve) ? Comment s’opère alors l’interaction entre les acteurs des différentes fonctions qu’elle assure ? Quel impact cela a-t-il sur la recherche ? Ou encore, qu’est ce qui se produit de part et d’autre lorsque le maire d’une grande ville fait appel à des chercheurs pour élaborer sa stratégie, ou encore lorsqu’un concepteur travaille avec des chercheurs (dans une perspective qui dépasse l’expertise technique) sur un projet ?
Des présentations, par ceux qui s’en occupent ou ceux qui les étudient, de dispositifs, qu’il s’agisse de lieux de médiation ou de réflexivité ou de grands pôles répondant de près ou de loin au modèle du CHU. Les cas extérieurs à la France seront privilégiés.
Des exposés problématiques et des prises de positions sur le thème général de la rencontre, dans une perspective épistémologique, politique, déontologique etc…
Des analyses et témoignages extérieurs au monde de l’urbanisme sur le rôle et la position de l’expertise et plus généralement sur la relation recherche-action.
Des propositions institutionnelles qui pour cette première rencontre seront plus centrées sur la France.
Un avant programme est en cours d’élaboration et sera communiqué rapidement.
Les intervenants seront choisis sur invitation. Nous remercions cependant les personnes (acteurs, experts, chercheurs) qui se reconnaissent dans les objectifs de la rencontre et seraient en mesure de présenter une communication (en français ou en anglais) de se faire connaître.
Nous souhaitons donner spécifiquement la parole aux chercheurs (« jeunes seniors ») qui abordent le moment de leur carrière où ils vont piloter des opérations de recherche, quel que soit le pays dans lequel ils se trouvent. Nous leur demandons de nous envoyer , d’ici le 28 Mars, une proposition de communication (une page) qui s’inscrive dans le thème suivant : quelle place la question des relations entre recherche et action occupe-t-elle dans votre perspective de recherche actuelle et future ? A propos de quels thèmes, dans quels dispositifs de recherche, dans quelle perspective méthodologique ? Une séquence sera spécifiquement réservée aux présentations sélectionnées, ce qui n’exclut évidemment pas que des chercheurs de ce groupe soient invités dans d’autres séquences. Contact : Elisabeth Campagnac
Pour tout autre sujet, contact provisoire : Alain Bourdin
À l’initiative de : N.Albertsen, S. Allemand, M. Appel-Muller, E. Ascher-Campagnac, J.Borja, A.Bourdin, J-L Cohen, J-C Driant, J-F Guet, M. Lussault, M. Marcelloni, J. Monnet, J-P Orfeuil, B. Ousset, N.Portas, E. Raoul et M-F Mattei, L. Sourdze, L. Théry.
Se sont également associés à ce jour : E. Charmes, L. Davezies, C. Devillers, M-P Lefeuvre, Y. Lion, A. Masboungi, C. de Portzampac, J-M Offner, J-L Poidevin, B. Reichen, F. Scherrer, P. Veltz…
Institutions qui ont donné à ce jour leur accord de principe pour patronner cette manifestation : Université de Paris-Est Marne-la-Vallée, IFU, IUP, Lab’urba, I.V.M., CERTU, PUCA, Club VA, APERAU, Programme gestion de la ville de l’université ouverte de Catalogne, Centre de recherche urbaine stratégique- université d’Aarhus




